LA POÉTIQUE DE LA RÉSISTANCE DANS L’AUTOBIOGRAPHIE D’AOUA KÉITA

GENÈSE D’UN ACTIVISME POLITIQUE AU FÉMININ

  • Fatoumata KEITA Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako (ULSHB)
Mots-clés: autobiographie, leadership féminin, activisme politique, émancipation féminine, résistance, décolonisation

Résumé

Les autobiographies des femmes leaders politiques africaines demeurent encore peu explorées
par les critiques malgré la prolifération de leurs récits de vie ces dernières années (El Saadawi,
1999 ; Maathai, 2006 ; Johnson-Sirleaf, 2009 ; Gbowee, 2011). Celle d’Aoua Kéita, intitulée
Femme d’Afrique : la vie d’Aoua Kéita racontée par elle-même, ne déroge pas à la règle.
Publiée en 1975, elle retrace le parcours atypique « d’une dame de fer » qui a su conjuguer
l’activisme politique et syndical au féminin tout en jouant un rôle prépondérant dans l’avènement du Mali indépendant. Bien qu’elle fût une militante de la première heure de l’USRDA,
une pionnière des droits de la femme, et la première députée élue à l’Assemblée Nationale du
Mali (Ba Konaré, 1993), Kéita demeura une figure marginalisée car peu d’études ont porté sur
son autobiographie qui constitue pourtant une contribution majeure dans la littérature anticoloniale au même titre que les écrits des hommes comme Césaire, Fanon ou Mandela qui ont
fait de la décolonisation la clé de voûte de leur discours. Ce travail vise à combler cette lacune
en montrant comment l’écriture de soi est devenue pour l’Honorable Aoua Kéita une arme de
résistance contre le joug colonial et son discours sexiste et un tremplin pour faire valoir ses
idéaux politiques et se positionner dans l’espace public. Se faisant, elle se réapproprie son
identité et son histoire tout en corrigeant les préjugés et les mythes sur les femmes. Le geste
autobiographique devient dès lors, une geste féministe et anticolonialiste, un outil subversif et
de décolonisation politique et mentale des africains.

Publiée
2019-03-02
Rubrique
Articles